Traduire en mode confiné

Christine Laugier

#confinement, #traduction, #isolement, #maviedefreelance

Dès les premiers jours du confinement, j'ai ressenti une forme de familiarité avec cet enfermement imposé à la planète entière. Impression qui, vous l'imaginez, n'a pas manqué de m'étonner, voire de me déstabiliser.

D'où venait donc ce sentiment de familiarité, de "déjà vouuuu" comme disent nos amis américains ?

Un sentiment de "Déjà vu"

C'est au cours de mon premier skypéro que la réponse a jailli ! Alors que tous les convives racontaient leur découverte des joies et des affres du télétravail, je réalisais pour ma part que rien de tout cela n'était nouveau.

En effet, en tant que traductrice et rédactrice freelance, j'ai travaillé pendant de très nombreuses années depuis chez moi. Du coup, la difficile (mais pas impossible) gestion de la vie pro et perso sous le même toit, je connais ! Finalement ce confinement ne change pas vraiment mes habitudes de travail. Il me ramène en fait à une longue pratique du home office. Une sorte de madeleine douce-amère puisqu'après 6 ans de "travail à la maison", j'ai fini par rejoindre un espace de coworking pour rompre le sentiment d'isolement qui avait fini par m'envahir.



Traduire dans ma bulle

J'ai également réalisé que la nature même de mon activité professionnelle me conduit à une forme d'enfermement. En effet, lorsque je traduis un livre, je fais en sorte de me couper du monde, de m'isoler de toute interférence extérieure pour m'immerger entièrement dans le texte en cours de traduction.
Pour la traductrice que je suis, l'isolement – du moins pendant les heures de bureau, constitue la condition d'un travail de qualité, d'une concentration totale. Et je dois bien avouer cet état d'enfermement (volontaire, celui-ci) me va bien et m'apporte beaucoup de bien-être. Je rentre alors dans une sorte de face-à-face avec le texte, une sorte de communion avec les mots. J'ai le sentiment de faire corps avec le contenu que je traduis, avec la pensée de son auteur original.

Finalement, c'est comme si je m'auto-confinais dans le texte à traduire, comme si je m'y enfermais comme dans une bulle. Et même lorsque je ne suis pas à mon bureau, le texte et sa traduction continuent d'occuper mon esprit et mon inconscient. Un peu à la manière de ce virus invisible qui depuis des semaines a envahi et modifié nos vies.

Mais la comparaison s'arrête là car, même si j'ai attrapé le virus de la traduction il y a fort longtemps, celle-ci n'est heureusement pas une maladie.






 

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