Un traducteur curieux de l'autre et d'ailleurs

Christine Laugier

traducteur, automobile, organisations internationales

J'ai rencontré Jérémie Kaiser au sein du Coworking Pays Basque, un espace de travail que j'aime fréquenter à chaque fois que je retourne à Biarritz, ma ville natale.
 
Comment es-tu devenu traducteur ? Quel a été ton parcours ?

Il m’a fallu beaucoup de temps pour trouver ma voie mais une fois en route, il m’en a fallu peu pour savoir que c’était la bonne. Bac scientifique en poche, curieux de l’autre et d’ailleurs, j’ai suivi un cursus de langues étrangères appliquées, dont l’apothéose aura été mon année passée à l’étranger (Angleterre et Espagne grâce au programme Erasmus). En rentrant, je suis parti vers un pays d’Amérique du Sud où j’ai passé plusieurs mois. L’année suivante, de retour sans repères, une amie chère à qui je dois tout m’a conseillé de passer le concours d’entrée de l’École Supérieure d’Interprètes et de Traducteurs (ESIT) à Paris. Ce que j’ai fait. Et que j’ai eu. J’en suis sorti et suis aujourd’hui traducteur indépendant. Depuis 2006.

Quelles sont tes langues de travail et ta spécialité ?

Je traduis de l’anglais et de l’espagnol vers le français.
Je divise l’essentiel de mon temps (de travail) entre des textes liés à de grands enjeux comme la protection de l’environnement, la défense des droits de la personne et l’aide au développement pour des organisations internationales et des ONG, d’une part, et la communication d’entreprise, en particulier automobile, de l’autre.

Quel type de documents es-tu amené à traduire ?

D’un côté, des rapports passionnants exigeant une précision linguistique extrême, de l’autre des contenus plus créatifs autorisant des envolées quand je m’aventure sur les terres du marketing, de la technologie et du design automobiles.

Quelles sont les spécificités de la traduction dans le domaine de l’automobile ?

Sa grande diversité. L’automobile est, d’une certaine manière, à la confluence de plusieurs domaines. Je ne traduis pas les manuels d’instruction mais suis présent dans ce qui a trait à l’entreprise (finances, ressources humaines, ingénierie, production, marketing, et distribution).
Concrètement, je traduis aussi bien des textes liés à la stratégie économique et financière qu’à la haute précision des systèmes embarqués, l’innovation, l’expressivité du design ou l’identité de marque, avec des incursions dans le storytelling et le luxe, qui donnent finalement à ce domaine, parfois perçu comme austère et excessivement technique, une dimension glamour (si j’ose dire) (et j’ose).
La typologie des textes est extraordinairement variée : communiqués de presse, brochures papier, vitrine (site Internet), applications mobiles, contenus pour réseaux sociaux, campagnes par courriel et autres rapports divers.

Qu’est-ce qui te plait le plus dans la traduction automobile ? et le moins ?

Ce qui me plaît le plus : la richesse des textes, tant en termes de nature que de style. J’ajoute, et ce n’est pas l’apanage du domaine automobile mais de la traduction en général, que j’apprends encore énormément de choses tant sur le fond – le contenu – que sur la forme – les langues source et cible).

En ce qui concerne le côté obscur, je dirais que l’urgence n’étant pas toujours l’amie de la créativité, je suis parfois frustré de ne pas avoir le temps d’être aussi créatif que je l’aimerais. Mais c’est le jeu. Et bien sûr le métier.

Quel est le profil de tes clients

Le domaine automobile est presque le seul dans lequel je travaille avec des intermédiaires, qui sont donc mes clients. Mais je travaille ou ai travaillé, sur le temps long, pour un fabricant de pneumatiques, un fabricant de peintures, un équipementier, trois ou quatre constructeurs « classiques » et un constructeur premium.

Qu’est-ce qui te semble le plus difficile dans ton métier de traducteur ?

La première difficulté est le lissage de la charge de travail : certaines semaines évoquent le désert d’Atacama à l’heure de la sieste, d’autres le carrefour de Shibuya à l’heure de pointe.

La deuxième est le picotement propre à cette spécificité de la traduction – que j’accepte – qui fait que le lecteur la lit souvent en négatif : il voit ce qui ne va pas avant de voir ce qui va. Impossible de lui en vouloir ; reprocher à quelqu’un de remarquer ce qui est visible sans relever ce qui est invisible, autrement dit ce qui fait qu’une traduction est bonne, serait injuste. Néanmoins, on ignore souvent les nuits passées à chercher le bon mot, à révéler le sens profond, à rectifier une erreur de racine cubique, à redresser une logique bancale ou à subtilement gommer des maladresses. Là aussi c’est le jeu. Et bien sûr le métier.

Au-delà de la traduction, proposes-tu d’autres prestations de service ? Si oui, lesquelles et pourquoi ?

Je suis un traducteur pur jus qui consacre 100 % de son activité professionnelle à la traduction. C’est tout, mais je fais de mon mieux pour donner le meilleur.

Te considères-tu comme un traducteur épanoui ? Si oui, pourquoi ? Si non, pourquoi ?

Oui, pour toutes les raisons évoquées plus haut. Je vis de la traduction et mon statut d’indépendant me permet, quand les astres sont alignés, de faire tout ce que j’aime en alternance : traduire des textes intéressants quand c’est Tokyo, et mener des projets plus personnels quand c’est le Chili (voir plus haut).

Selon toi, c’est quoi une bonne traduction ? Une bonne traduction est un texte en tout point fidèle à celui qu’il révèle et se lit sans remarquer que c’est une traduction. Il y a plusieurs écoles de pensée sur la question mais la traduction, dans mon domaine, doit être invisible et précise. Et je trouve ça magnifique.

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